MA DÉMARCHE DE RÉDACTION

Je continue, par ce texte, à écrire une série d’articles dans le journal du Cré-Sol. Ils sont postés mois après mois, au fil du cheminement de la réalisation de La petite filature. Cet article est le sixième de la série et il est la suite de l’article intitulé « Être salariée d’une coopérative d’activités et d’emploi ». Au fil des mois, à travers ces pages Cré-Soliennes, je prendrais le temps d’exposer au maximum la démarche et la réflexion dans lesquelles je suis depuis un peu plus d’une année.

La petite filature, du fil de soi au fil de l’autre, est née en janvier 2017. Comme il a été précisé dans les articles précédents, c’est un espace où l’on réfléchit par soi-même pour changer le monde avec les autres. C’est un espace d’accompagnement à la formation dans le champ de l’éducation populaire.

Ce mois-ci, je vais prendre le temps d’expliquer pourquoi j’ai choisi d’ouvrir un lieu d’éducation populaire dans La Ressourcerie La Charpentière à La Riche.

DE L’IMPORTANCE DE TROUVER UN LIEU QUI NOUS RESSEMBLE…

Ce lieu de 100 mètres carrés situé au 4ème étage de La Ressourcerie La Charpentière, coloré et entièrement rénové par des ami.e.s bénévoles, est situé à La Riche.
Ce lieu est avant tout une suite de rencontres : rencontres entre des personnes, rencontres entre des classes sociales, rencontres d’idées, rencontres entre rêve et réalité, rencontres entre théorie, pratique et politique, rencontres entre soi et les autres.

Ce lieu est le carrefour de plusieurs envies et activités différentes, chacune ayant la transformation sociale comme utopie, le changement social comme finalité et l’éducation populaire comme démarche politique des pratiques et de réflexion.

La petite filature fonctionne différemment selon les temps de la journée :

1-La petite filature fonctionne en coopérative sur une « temporalité diurne » 

Ce temps concerne les temps d’accompagnement à la formation dans le champ de l’éducation populaire telles que la formation professionnelle, la formation continue, la formation civique et citoyenne…De plus, La petite filature intervient à l’université de Tours (IUT Carrières sociales en accompagnement pédagogique auprès des étudiants, master de Sciences de l’éducation), a pensé pédagogiquement et anime tout au long de l’année avec L’Étincelle le Certificat universitaire « Éducation populaire et transformation sociale » à l’université de Lille.

La petite filature met en place et anime des ateliers « Histoires de vie » auprès de jeunes de Mission locale dans la finalité est de re-trouver sa puissance d’agir à travers, entre autre, le volontariat.

Pour la démarche de formation, les mots de Michel Fabre, philosophe de la formation, illustrent notre démarche pédagogique : « La formation n’est pas une activité parmi d’autres mais une caractéristique structurelle de l’existence humaine. Prétendre former quelqu’un à quelque chose est donc une imposture : on ne peut agir que sur les conditions de la formation, non sur la formation elle-même qui reste, fondamentalement, de l’initiative du sujet. Car les structures de l’existence ne décrivent pas des propriétés de choses mais bien des possibilités que l’homme peut actualiser ou non, à des degrés divers d’authenticité et qui relèvent de l’ordre de la liberté. Que l’homme existe en formation signifie par conséquence qu’il lui revient d’assumer sa forme humaine, son humanité ».

C’est en reprenant les propos de Michel Fabre « on ne peut agir que sur les conditions de la formation », que nous agissons sur le cadre en proposant ce concept de lieu unique.

Cette démarche prend tout son sens, dans un lieu qui n’est pas seulement un lieu de formation, mais un lieu de vie, d’échanges, de rencontres, de festivités, de pratiques, de réflexion, de convivialité.

2-La petite filature fonctionne en association sur une « temporalité nocturne »

Ce temps concerne les temps à la formation de soi, qui peuvent être dans une démarche festive, tels que des temps d’entraînement mental, d’organisation syndicale, de conférences gesticulées, de théâtre de l’opprimé, de concerts, de chorales…

Un collectif, qui se cherche encore, organisera l’animation de cette « temporalité nocturne ».

Les bénévoles prévoient, planifient, organisent et animent ces moments de rencontres

3-La petite filature fonctionne en réciprocité avec La ressourcerie

La petite filature et La Ressourcerie La Charpentière, visent par des actions ensemble et chacune dans sa structure, à mettre en œuvre l’émancipation personnelle et professionnelle, intime et collective, des personnes accueillies en créant un nouveau concept de lieu ressources.

Nous mettons en place une passerelle symbolique et réelle entre l’éducation populaire et l’université. En effet, nous pensons qu’il est essentiel de penser la formation (de soi et des autres) entre la théorie, la pratique et le politique. Concrètement, nous créons des passerelles, des moments, des rencontres, des réflexions pour que les personnes accueillies à La ressourcerie puissent écouter et se former à La petite filature, en autre, en tant qu’auditeur libre ; et La petite filature inclue dans ses accompagnements à la formation des temps partagés avec La ressourcerie et les personnes qui œuvrent au quotidien dans ce lieu.

Pour nous, la notion de transmission doit être horizontale. Nous avons tous à apprendre de tous ; nous avons tous à transmettre à tous.

Nous avons le souhait de :

-Favoriser des moments de rencontres entre différentes classes sociales, différentes cultures, différentes histoires de vie, différentes temporalités, différentes envies

-Créer des parcours adaptés à chaque personne accueillies et accompagnées

-Permettre aux personnes d’animer et de s’approprier le lieu de vie

-Permettre aux personnes accueillies et accompagnées de bénéficier d’une démarche globale : politique, pratique et théorique

-Inscrire le lieu de vie comme partenaire au niveau local, national et international

Le lieu de vie permet de passer du concept de l’éducation populaire à l’expérimentation. En effet, cette démarche permet à chacun d’être dans une démarche de transmission selon les moments et les activités. Cette possibilité de changer de statuts -de celui qui sait et celui qui ne sait pas- peut permettre d’abolir les rapports de dominations entre usagers/professionnels, stagiaires/formateurs, pour permettre à chacun de prendre la place qu’il estime être la sienne.

C’est un lieu où nous pouvons éprouver notre puissance d’agir, c’est à dire devenir acteur de notre propre chemin : soit en la découvrant, soit en la révélant, soit en la pratiquant tant par des actes que par des réflexions. Nous pensons que la puissance d’agir passe par trois piliers emmêlés : la puissance du corps, la puissance des affects et la puissance de l’esprit.

POUR NE PAS CONCLURE

Ce lieu s’inspire des Maisons du Peuple du début du 20ème siècle à Bruxelles. En effet, l’idée est de faire vivre un « lieu de rencontres pour la classe ouvrière belge […] Les Maisons du Peuple sont le creuset de luttes contestataires et contribuent à l’obtention de réelles avancées sociales en matière de droits politiques et d’accès à l’éducation. Ce sont aussi des lieux de rencontres, de convivialité, des espaces de réflexion, de solidarité, de culture, d’émancipation (…) Les maisons du peuple sont apparues, en Belgique et dans le Nord de la France, dès 1872 » (www.maisondupeuple.be)

Et si cela se passait à Tours au 21ème siècle ?

Ce lieu ouvrira ses portes au public en septembre 2018…On y fera la fête et surtout, on se rencontrera autour d’un repas pour apprendre à se connaître et voir ce que nous pourrons faire ensemble pour changer le monde.

Ce sera surtout l’occasion de vivre cette très belle aventure !

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Tours, le 28 mai 2018