Une lettre ouverte a déjà été signée par un certain nombre d’organisations -1-. Il s’agit d’arrêter les subventions au transport aérien en Touraine par les collectivités territoriales (Région, Département, Métropole, avec chaque subvention à hauteur de près d’un million d’euros). Pour quelles raisons faire ce bouleversement ? Pour une seule raison : commencer enfin à tenir compte du long terme.
En effet nous allons devoir modifier profondément le fonctionnement de notre société pour parvenir à rester en dessous de 2° de réchauffement (d’ici 30 ans, diviser par trois à quatre nos émissions de gaz à effet de serre -GES-). Cet objectif est parfaitement atteignable si on s’y met tout de suite et avec détermination.

Or maintenir ces subventions, c’est tourner le dos à cet objectif. Ça contribue à affaiblir les finances publiques, alors que nous allons avoir plein d’investissements à réaliser. Entre autres, des reconversions devront être accompagnées, des formations à de nouveaux métiers devront être financées -2-.
D’autre part ces subventions aident à maintenir les émissions de GES à un niveau élevé. Le transport aérien court et moyen courrier est très émetteur de GES -3-. Au niveau actuel des émissions mondiales, il reste 20 petites années pour émettre la quantité totale de GES qui nous mènera à 2° de réchauffement, la limite haute à ne surtout pas dépasser. Il s’agit donc de baisser rapidement les émissions pour préserver ce quota disponible, pour le faire durer, pour permettre d’étaler la descente sur une cinquantaine d’année, sans dépasser 2°.

Ayant fait notre choix de 2°, la Planète nous impose une contrainte forte au travers d’un quota réduit, d’autant que ce quota semble se réduire encore davantage au fur et à mesure de l’avancée des sciences du climat -4-. Depuis plus de deux décennies nous nous sommes engagés dans la protection du climat. Tous les efforts déployés n’ont pas su arrêter l’augmentation des émissions de GES, alors que ces émissions doivent décroître au plus tard dans deux ans pour garder une chance de ne pas dépasser 2°. Nous sommes forcés de constater que le système économique actuel est bien incapable d’avoir une réponse à la hauteur du défi climatique imposé -5-. Actuellement nous sommes toujours sur une trajectoire supérieure à +4° -6-. À vouloir continuer ainsi, nous nous dirigerions vers une catastrophe.

Ayant fait ce constat de la situation à partir des connaissances scientifiques, la question qui se pose est de savoir comment sortir de cette impasse dans les délais impartis.
Concrètement il existe une multitude de solutions à mettre en œuvre, du niveau local jusqu’au niveau global (et une multitude de pratiques actuelles à stopper). Toutes ces actions permettraient un changement de cap radical, si il y avait une volonté forte et généralisée de les mettre en œuvre. Cela nécessite l’implication de toutes et de tous.
En effet, au sommet les dirigeants continueront à prendre des mesures au niveau du quart de ce qu’il faudrait faire. Donc la seule solution qui reste pour réussir, c’est que cette volonté forte vienne de la base. Et c’est bien là le challenge.

Pourtant nous aurions tout à y gagner : maintenir des conditions de vie acceptables sur Terre, dans le cadre d’une société plus équitable et plus solidaire. De plus avec le niveau des connaissances scientifiques de 2018, nous en savons bien assez pour réagir. Mais il nous reste une étape à franchir : c’est d’arriver à croire ce que nous savons, à pouvoir un moment dire : « J’en ai entendu assez, j’en ai vu assez – maintenant je suis convaincu ». Dans un contexte social qui relativise l’urgence climatique, le franchissement de cette étape s’en trouve ralenti : il est difficile de se démarquer de la norme -7-. Aussi ce changement commence d’abord par la prise de conscience et l’engagement d’un petit nombre qui va en augmentant pour aller vers le plus grand nombre. Une fois arrivé à ce stade, il devient socialement légitime de croire à l’urgence climatique et de s’engager dans la préservation du climat. Au travers de l’intelligence collective, au travers de l’accompagnement mutuel dans cette évolution, nous serons capables de réorienter l’avenir. Je ne fais là que rappeler ce que d’autres ont compris il y a déjà bien longtemps -8-.

Alors, si l’on tient compte du long terme, commençons par agir au niveau de ce qui est le plus évident. C’est ce qu’ont fait des citoyennes et des citoyens en allant, le 12 décembre à Paris, réclamer « Pas un euro de plus pour les énergies fossiles » -9-.
En Touraine, comme au niveau de bien d’autres villes moyennes en France, des aéroport ne fonctionnent que grâce aux subventions publiques. Cela fait qu’en France nous avons une densité d’aéroports sans commune mesure avec tous les autres pays européens. L’habitude aidant, cette situation perdure sans que l’on réalise que c’est un véritable pied de nez à la préservation du climat. Alors en Région Centre-Val de Loire, réclamons nous aussi « Pas un euro de plus pour les énergies fossiles », et concrètement que cela commence par l’arrêt des subventions à l’aéroport de Tours.

Aujourd’hui le sentiment de l’urgence commence enfin à se développer, aussi faisons circuler la lettre ouverte partout en Région Centre-Val de Loire : syndicats, associations de toutes sortes (parents d’élèves, etc…), communautés ou groupes religieux (scouts, etc…), collectifs citoyens, etc… Tous ces organismes et groupes ont bien sûr la possibilité de se rajouter aux premiers signataires de cette lettre ouverte. Mais il importe surtout qu’elle serve de motif de discussion et de réflexion à propos de notre avenir commun. C’est cheminer vers l’engagement personnel et collectif, c’est cheminer vers un avenir qu’il nous reste à construire.
Il est grand temps, mais c’est faisable.

Pascal HUGO
ANV-COP21 Touraine

P.S.   En Région Centre-Val de Loire, si vous participez à un organisme ou un groupe qui tient à signer le texte de la lettre ouverte, merci de transmettre coordonnées et adresse mail à anvcop21touraine@gmail.com

1 Lettre ouverte

http://emplois-climat.fr/menu-campagne/le-rapport/

Aides au transport aérien…

Pour La Science n°484

Le carbone du pergélisol en dégel augmentera le réchauffement climatique

Rapport du GIEC à venir (septembre 2018)

Réchauffement : l’étude qui jette un froid

7 La Revue Durable n°56

Conclusion « STOP »

Pas un euro de plus pour les énergies du passé – 12/12/2017