MA DÉMARCHE DE RÉDACTION

Je commence, par ce texte, à écrire une série d’articles dans le journal du Cré-Sol. Ils seront postés mois après mois, au fil de la réalisation de La petite filature.

Tout au long de cet article, apparaîtront des mots et concepts en couleurs, ce qui signifie que j’aborderai ces notions dans les articles suivants.

Au fil des mois, à travers ces pages Cré-Soliennes, je prendrai le temps d’exposer au maximum la démarche et la réflexion dans lesquelles je suis depuis une année.

Précisons que cette année est, de façon ambivalente, à la fois l’aboutissement d’une vingtaine d’années d’expériences sociales, internationales, socioculturelles et de formations, et, le début d’une nouvelle façon de concevoir ma vie professionnelle et personnelle.

…ET LA PETITE FILATURE EST NÉE…

La petite filature, du fil de soi au fil de l’autre, est née en janvier 2017. C’est un espace d’accompagnement à la formation dans le champ de l’éducation populaire politique festive1. C’est un espace où l’on réfléchit par soi-même pour changer le monde avec les autres.

La démarche de La petite filature vise l’émancipation des personnes accompagnées en formation. Pour illustrer cette idée, je reprends à mon compte les mots de Michel Fabre, philosophe de l’éducation, dans l’œuvre « Penser la formation » (Éditions Fabert, pédagogues du monde entier, 2015) : « La formation n’est pas une activité parmi d’autres mais une caractéristique structurelle de l’existence humaine. Prétendre former quelqu’un à quelque chose est donc une imposture : on ne peut agir que sur les conditions de la formation, non sur la formation elle-même qui reste, fondamentalement, de l’initiative du sujet. Car les structures de l’existence ne décrivent pas des propriétés de choses mais bien des possibilités que l’homme peut actualiser ou non, à des degrés divers d’authenticité et qui relèvent de l’ordre de la liberté. Que l’homme existe en formation signifie par conséquence qu’il lui revient d’assumer sa forme humaine, son humanité ».

Après ce préambule, je vais commencer par expliquer d’où vient le nom La petite filature, du fil de soi au fil de l’autre. J’avais envie que le nom de cet espace d’accompagnement à la formation2 renvoie à un lieu dans lequel on créé quelque chose. En effet, en tant qu’accompagnatrice à la formation, je me sens artisane de la formation : je monte les formations que j’organise du début à la fin, de la démarche commerciale au bilan appréciatif3, en passant par la communication, l’ingénierie de formation, la gestion des lieux et des repas, le travail de veille documentaire, le tissage de partenariat, la facturation et le suivi des personnes en formation. Ma maison devient en ce moment-même, lieu de résidence pour deux personnes que j’accompagne en formation sur la création d’une conférence gesticulée ! Je ne propose pas un type d’accompagnement, je m’adapte (selon mes possibilités) aux demandes et aux envies des personnes que j’accompagne. Ce sont elles qui me renvoient en permanence ce que je peux leur proposer pour qu’elles avancent dans leur réflexion émancipatrice. Ce sont elles qui m’accompagnent et qui me montrent leur chemin.

Je me considère artisane de la formation donc, et je considère les personnes en formation aussi. Elles créent des liens entre elles et leur environnement, elles consolident leurs connaissances, elles en rabotent d’autres. Planches après planches, livres après livres, pierres après pierres, mots après mots, les personnes en formation construisent et agrandissent leur propre construction personnelle.

La petite filature est un atelier de formation de soi pour mieux changer le monde avec les autres. Cette idée de réciprocité est essentielle dans ma conception de l’accompagnement à la formation. C’est Jérôme Eneau dans son livre « La part d’autrui dans la formation de soi » (Éditions l’Harmattan, 2005), qui explique en profondeur l’aller retour constant entre soi et les autres et des autres à soi. Je cite le résumé du livre que je trouve très parlant : « Les travaux sur la réciprocité permettent d’examiner une voie alternative d’une construction de l’autonomie « par et avec les autres« . Cette autonomisation construite dans l’interdépendance répond alors à une logique d’autoformation, individuelle et collective à la fois, qui privilégie l’échange et la coopération, au détriment de toute forme d’individualisme. La notion de réciprocité offre ainsi un moyen original de penser l’autoformation ; en visant l’autonomie de tous, elle permet notamment d’intégrer l’objectif d’un apprentissage organisationnel ».

Le nom de La petite filature est aussi un clin d’œil à la région du Nord où j’ai passé mes 10 années de jeunesse de 20 à 30 ans. Ce Nord, si cher à mon cœur, où j’ai fait mes premiers pas de travailleuse sociale à Roubaix où je découvrais le chômage générationnel, les briques et la générosité. Roubaix : ville du textile, ville de lutte urbaine (berceau de la politique de la ville), ville du métissage. J’ai eu rapidement l’intuition que le textile avait un lien avec « l’intime ». Que le tissu nous racontait quelque chose en plus de son histoire propre.

Je vivais ce rapport au textile tous les jours à l’Alma, quartier où je travaillais, avec des femmes musulmanes voilées et magnifiques, avec des femmes venant d’Afrique de l’Ouest et qui portaient leur plus beau boubou pour aller au marché, toutes aussi magnifiques que des femmes venant d’Europe de l’Est et qui portaient un foulard sur la tête de toutes les couleurs et très fleuri noué sous leur menton. Ces femmes que j’accompagnais, nous racontaient un bout de leur histoire, de leur région d’origine, de leur religion, de leurs habitudes, de leur maternité et de leur féminité, en portant ces morceaux de tissus choisis. Ces femmes nous racontaient un petit bout de leur vie sans avoir besoin de trouver les mots qui leur manquaient faute de parler la langue du pays où elles avaient posé leurs valisent tant bien que mal.

D’ailleurs mon mémoire de travail social s’intitulait « Du tissu au tissu social » ; je tournais à ce moment, autour du fait que le tissu nous raconte une histoire et nous permet de tisser la notre.

J’ai découvert des années plus tard dans le roman libanais « Le laboureur des eaux » de Hoda Barakat (Editions Actes Sud, 2001), que les mots « textile » et « texte » ont la même étymologie qui signifie « se raconter ».

.DU FIL DE SOI AU FIL DE L’AUTRE…

Dans les formations proposées par La petite filature, du fil de soi au fil de l’autre, une large place à l’histoire de vie de la personne en formation est laissée, autorisée et demandée pour pouvoir connaître le point de vue situé des personnes.

J’affirme que pour qu’une personne puisse faire ses premiers pas vers l’émancipation qu’elle souhaite, il faut qu’elle se reconnaisse –et qu’on la reconnaisse- à sa juste valeur. Et le récit de soi fait largement partie de cette reconnaissance qui passe avant tout par les mots que l’on choisit, que l’on porte à l’extérieur de soi et qui résonnent dans le corps des autres. L’idée n’est pas de créer des groupes de paroles mais bien de mettre en place un accompagnement à la formation dans lequel la parole devient un outil pour construire des savoirs. Christine DELORY-MOMBERGER dans son article « Écrire sa vie, une auto socialisation ? » (in Cultures en mouvement, mai 2003, n°57) écrit « Le fait biographique rencontre le récit comme sa forme d’expression la plus immédiate. C’est le récit qui assigne des rôles aux personnages de nos vies ; qui construit entre les circonstances, les événements, les actions, des relations de causes, de moyens, de but ; qui polarise les lignes de nos intrigues entre un commencement et une fin ; qui transforme la relation de succession des événements en des enchaînements finalisés ; qui compose une totalité signifiante où chaque événement trouve sa place ».

Les mots de la personne qui parle…les mots de la personne qui écoute…Depuis plus de vingt ans, j’écoute les gens : en tant que barmaid j’écoutais les joies et les déboires des clients, en tant que travailleuse sociale j’écoutais les peines et les injustices des personnes que j’accompagnais au quotidien, en tant que formatrice dans le champ de l’éducation populaire j’écoutais le parcours de vie et les doutes de chacun-e et en tant qu’accompagnatrice à la formation j’écoute les histoires de vie de qui souhaitent se raconter. J’écoute et désormais, je transmets des outils d’expression populaire qui sont source d’émancipation tant pour la personne qui parle que pour la personne qui écoute.

L’écoute peut être émancipatrice ; l’écoute est avant tout un acte politique.

UNE DÉMARCHE PÉDAGOGIQUE ÉMANCIPATRICE (Autant que possible…)

La Petite filature, du fil de soi au fil de l’autre propose des accompagnements pour la formation de soi et des accompagnements pour changer le monde avec les autres, des animations et des accompagnements à la formation dans le champ de l’éducation populaire politique festive, qui abordent les notions d’histoires de vie, d’accompagnement pédagogique, d’accompagnement de jeunes, d’avoir des pratiques d’Éducation populaire au quotidien…tout ça pour une seule raison : pour savoir quel sens donner à notre quotidien.

En tant que formatrice, je ne forme personne, j’accompagne les personnes à changer par elles-mêmes. La Petite filature accompagne la personne vers le changement, mais toute décision, toute réflexion et toute émancipation vient de la personne elle-même.

1  : ce terme sera l’objet de l’article de janvier

2 : ce terme sera l’objet de l’article de février

3 : ce terme sera l’objet de l’article de mars

Retrouvez la suite de ce premier article par ici.

 

Au plaisir de vous retrouver

Hélène HAGEL pour La petite filature

Novembre 2017, Vilnuis, Lituanie

16729231_1876956235882530_2336928494263085655_n