Comment les politiques publiques organisèrent l’expression libre et spontanée des citoyens….
 
Tel serait le début d’un conte de fée…
Verrons-nous le jour où cette phrase ne nous fera plus amèrement sourire? Pour tout citoyen français ou personne résidant en France normalement constitué, cette phrase est d’abord un paradoxe. Jamais un pouvoir central ou décentralisé n’a pu générer de la spontanéité et accueillir avec sérénité la parole libre du citoyen, même dans un régime démocratique : les réactions des gouvernements espagnols, américains et français aux mouvements récents des Indignés, d’Occupy Wall Street ou la mort de Rémi Fraisse nous l’ont rappelé.
D’un autre côté, nombreuses sont les paroles citoyennes qui, une fois entendues par le pouvoir en place, ont été récupérées au profit de ce même pouvoir avec lequel elle prétendait dialoguer de façon constructive.
 
De cette impossibilité, deux tendances opposées structurent maintenant la société civile la plus engagée : la mouvance associative et les mouvances libertaires et contestataires.
La première est menacée par sa rapide technocratisation qui la rapproche de plus en plus des institutions et l’éloigne du citoyen, la seconde par son amour de l’action y compris violente qui la rend éternellement « borderline » et la confine au minoritaire. (Pardon, pour l’extrême simplification de ce propos qui ne rend pas compte bien sûr du dégradé infini des nuances qui font la richesse de ces deux positions évidemment.)
 
Nous savons donc que dans notre système politique fondé sur la « représentation », l’articulation avec la participation effective de tous les citoyens (non pas tous en nombre mais tous en représentativité) aux décisions autrement que par les urnes est chose fluctuante et chaotique. D’autre part, nous constatons l’érosion du vote. La conclusion est simple : peu de gens participent de façon constructive et significative à la vie publique et de moins en moins de gens votent. La démocratie est donc en danger.
Or, nous n’avons pas de solution puisque nous avons souri amèrement dès la première phrase de ce conte de fée :
Comment les politiques publiques organisèrent l’expression libre et spontanée des citoyens….
 
Pourtant, c’est bien à ça que la nouvelle loi de politique de la ville nous invite avec son principe de « co-construction » des nouveaux contrats-ville avec les habitants des quartiers prioritaires.
 
Face à cette proposition, chacun peut rester dans son rôle : les uns hurleront avec les loups qu’aucune loi ne saurait organiser une libre expression et que les participants serviront inévitablement de caution aux politiques pour couvrir un processus décisionnel qui ne changera pas en fait. Les autres se précipiteront sur les morceaux du nouveau gâteau pour s’emparer du dispositif et le limiter à leur réseau sans se coltiner les vrais enjeux de la diversité et de l’innovation.
 
Comme toujours, la voie du milieu est la plus subtile et la plus ingrate. Nous, les adhérents de « Pas sans nous », c’est celle que nous choisissons. Malgré la diversité de nos âges, de nos cultures politiques et de nos histoires, nous avons suffisamment d’expérience pour avoir vécu les deux antagonismes décrits plus haut et constaté leur impasse. Nous croyons que seul un maillage inédit d’horizons et de compétences peut relier pouvoir public et citoyen désabusé. Ensemble, nous avons les moyens de lire, comprendre, analyser, critiquer et améliorer une politique publique à égalité avec les gens dont c’est le métier et nous avons aussi les moyens de rallier les habitants d’un quartier autour d’une cause qui leur est chère.
 
Notre mouvement est si divers que, sur ce qu’il convient de faire dans les quartiers, nous ne parviendrions sans doute pas à un consensus. Par contre, nous sommes tous unis pour donner à nos concitoyens et voisins étrangers la possibilité de faire entendre leur diagnostic et leurs propositions dans un dialogue informé et efficace avec ceux qui peuvent actionner les leviers du pouvoir.
 
Notre conte de fée serait extraordinaire s’il se terminait ainsi :
« Comment l’innovation politique des quartiers populaires a été le point de départ du renouveau démocratique en France. »
 
Ida Tesla
pour la Coordination Nationale « Pas sans nous »
 
Pih-Poh,
expériences artistiques sur terres fertiles
 
Pih-Poh est membre fondateur de :
La Grande régie, collectif de 6 compagnies de Tours
Pas sans nous, coordination nationale défendant les propositions du rapport Bacqué-Mechmache « Pour une réforme radicale de la politique de la ville »
et adhérent du SYNAVI Centre, syndicat des arts vivants


3, rue Paul Painlevé
37000 Tours
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