Du 21 au 23 octobre 2016 se sont déroulées les rencontres nationales des agricultures à Tours Fondettes. L’objectif de ces trois jours fut de réfléchir ensemble aux enjeux de l’alimentation (montrer en quoi produire et consommer sont complémentaires). Les deux premiers jours ont été ponctués d’ateliers et de tables rondes pour permettre de  se questionner sur le sujet suivant, « manger, c’est d’un commun ». Des associations et paysans, des chercheurs de la France entière se sont joints à ces moments. L’objectif était de ressortir des solutions pour aller ensemble vers des transitions agricoles. Ce qui est ressorti de ces RNDA a été présenté du 26 au 30 octobre 2016 au cours de Nyeleni, le forum pour la souveraineté alimentaire en Roumanie.

Alors, peut-on dire que manger “c’est d’un commun” ? La nourriture est une ressource commune à tous à la fois pour notre survie mais aussi puisque c’est le ciment qui relie paysans et consommateurs. De manière plus globale, nous souhaitons repenser ensemble un projet de vie auquel nous aspirons et reprendre possession de ce bien commun qu’est la nourriture. Il ne garde à l’esprit que l’aliment est le fait de l’industrie tandis que la nourriture est de l’ordre du savoir faire, du partage et de l’échange. En anglais par exemple un seul mot désigne ces deux éléments : food. En Espagne, tout comme en France, deux mots sont à distinguer : comida et alimento.

Les constats parlent d’eux-mêmes : ces 50 dernières années, la production agricole a augmenté de 300%. En parallèle, ce sont 2/3 des paysans qui n’arrivent pourtant pas à se nourrir. La FAO explique que ¾  de la biodiversité cultivée a disparu au cours du 20ème siècle. Actuellement, ce sont entre 70% et 75% de l’alimentation  qui est produite par les petits paysans dans le monde, sur seulement 25% des territoires. Deux multinationales se partagent plus de 5000 marques alimentaires.

Dans chaque pays du monde, des réflexions se posent concernant les enjeux de l’alimentation. Frédéric Wallet, chercheur présent aux RNDA explique qu’au Canada et aux USA il y a une réflexion autour de la sécurité alimentaire, que des politiques réfléchissent à des lois pour garantir la justice et la démocratie alimentaire et que s’organisent localement des dispositifs de systèmes alimentaires alternatifs. En Angleterre, il y a un soutien au marché de producteurs afin de renforcer les liens producteurs/consommateurs. Au Japon, des mères de familles s’organisent et forment des réseaux de productions locales : une alimentation de proximité et saine. En Italie et en France, le lien entre système agroalimentaire local et gastronomie est très fort, il faut soutenir le patrimoine qui va de pair avec une agriculture de qualité. En Italie, le mouvement Slow Food est fortement ancré dans les mœurs, il signifie manger lentement et prendre le temps de vivre. Il existe donc des projets alimentaires territorialisés qui s’organisent et cela se passe également en région Centre Val de Loire.

Le festival des alternatives alimentaires à Ingré nous a aussi permis de rencontrer deux grands personnages qui connaissent bien ces questions de transitions alimentaires : Marc Dufumier agronome émérite et Jacques Caplat, agronome et ethnologue. Ils nous ont fait revisiter la question de l’innovation : trouver des techniques innovantes pour aller vers une agriculture écologiquement intensive. Il n’existe pas une forme d’agriculture unique mais elles dépendent de notre culture, de nos ressources etc. L’intérêt de s’intéresser à l’ethnologie permet d’apprendre qu’en Europe, l’agriculture est venu du Moyen Orient (du croissant fertile). Elle représente une forme d’outil d’organisation sociale. En somme, la culture de la terre permet la relation entre la société et son territoire.

Le Conseil régional Centre Val de Loire, s’engage en matière de politiques d’alimentation, la région étant le chef de file du volet agriculture. Le travail engagé par la déléguée à l’alimentation, Christelle de Crémiers sur le territoire régional permet de donner la parole aux citoyens, de les reconnecter avec les producteurs. Le conseil régional s’emploie à relocaliser les achats, et notamment en terme de restaurations collectives et à favoriser une alimentation de qualité avec l’agriculture biologique. Que l’alimentation fasse partie d’une résilience des territoires. Pour vous faire une idée des évolutions en région Centre Val de Loire concernant l’évolution du bio, vous pouvez vous rendre ici pour plus d’informations.
Un prezi a été constitué afin de vous présenter les réflexions qui ont eu lieu au cours des RNDA :