J’ai appris à avoir confiance dans l’avenir, non sans mal, mais petit à petit j’ai senti qu’il fallait laisser venir les choses et qu’ainsi la construction de ma vie professionnelle se ferait pas à pas. Après avoir obtenu le Bac ES, je me suis dirigé vers des études supérieures. D’abord en faculté de droit, et après une année peu concluante je me suis réorienté en faculté d’AES (Administration, Économie et Sociale). Encore une fois ce fut peu concluant alors j’ai éprouvé la nécessité de faire le point via le bilan de compétences. Durant mes études, j’ai travaillé comme livreur de pizza puis serveur en restaurant et le monde de la restauration m’avait séduit. Le bilan de compétences a conclu que probablement ma voie se situait dans l’hôtellerie-restauration. Ainsi je me suis inscrit en BTS Hôtellerie-Restauration et deux ans plus tard je sortais diplômé. J’ai rapidement intégré une association en charge d’exploiter cinq hôtels en activité saisonnière à destination principalement des membres de la fonction publique. J’ai travaillé comme responsable d’exploitation pour finir directeur cinq ans plus tard. Il a fallu attendre ma 26ème année et la lecture de la « Sobriété heureuse » de P. Rabhi pour avoir le déclic. Mon dernier poste m’avait également permis de prendre conscience que j’étais en désaccord profond avec la notion de la valeur travail, notre système hiérarchique professionnel et la gestion des « ressources humaines », notre manière de consommer (notamment les denrées alimentaires et les produits d’entretien), etc.

J’ai alors construit un projet pas à pas en m’interrogeant sur ce qui était vraiment important pour mon bien-être. En fin de compte j’avais très peu de besoins et ils étaient très simples: l’envie d’une forte résilience (notamment par une autonomie alimentaire, énergétique et financière), le souhait d’exercer mon activité en plein air et enfin la nécessité de m’intégrer dans une démarche citoyenne locale basée d’une part sur les ESS (économies sociales et solidaires) et d’autre part sur la permaculture.

Le choix de l’activité de jardinier maraîcher sembla alors évident. Pour y parvenir il me fallait me former, obtenir une certification professionnelle via un diplôme agricole, avoir une capacité de financement et enfin acquérir du foncier. Pour me former, j’ai tout d’abord acquis un jardin familial de 250 m² où je mène un potager très diversifié en permaculture. Ensuite j’ai eu recours au CIF (congé individuel de formation) grâce aux droits acquis durant mes années précédentes. Ainsi la formation d’un an que je suis actuellement (BP Responsable d’Exploitation Agricole) est totalement financée par le Fongecif et je conserve le salaire de ma précédente activité sous le statut « stagiaire de la formation professionnelle ». Ce BP-REA octroie la capacité d’exercer dans le milieu agricole en bénéficiant notamment de la DJA (dotation aux jeunes agriculteurs) qui peut s’élever jusqu’à 25 K€. La capacité de financement reste le « nerf de la guerre ». Afin d’obtenir la résilience tant souhaitée il m’a fallu mettre tout en œuvre pour me passer des banques. J’ai donc construit le plan de financement de mon projet avec des économies personnelles, la DJA et le dispositif ARCE pôle emploi grâce à la disponibilité d’un capital chômage de 2 ans à taux plein. Enfin pour acquérir le foncier je me suis tout d’abord tourné vers la SAFER. Ce fut compliqué d’obtenir un interlocuteur et une fois le contact établi aucune réponse positive quant à ma recherche: un terrain agricole d’une surface allant de 0.8 à 2ha relativement proche d’un centre urbain de l’agglomération tourangelle. J’ai alors axé ma recherche avec l’appui des municipalités en contactant les mairies de Saint-Genouph, Tours(s) Plus, Fondettes et La Riche. J’ai eu des entretiens avec les maires de La Riche et Fondettes, les élus de La Riche et St Genouph en charge de la gestion du territoire, et enfin avec le responsable du développement durable de Tour(s) Plus. Avec ce dernier (M. François Barrault) et une élue de la municipalité de La Riche (Mme Armelle Audin) j’ai eu connaissance du rachat par Tour(s) Plus d’une parcelle (appartenant au département) d’1h3 située en zone natura2000, très proche du centre-ville. Apres avoir visité le terrain, apprécié sa situation et les perspectives qu’il proposait, j’ai envoyé une lettre de motivation pour porter le projet de la création d’une exploitation maraîchère sous contrainte environnementale au conseil d’agglomération de Tour(s) Plus.

Pour assurer la réussite de ce projet, j’ai établi les plans d’une installation sur 2 ans avec le début d’une commercialisation effective lors de la 3ème année. Suivre une démarche agro-écologique permet une aggradation de la terre cultivée mais demande du temps à la mise en place. On observe une rentabilité seulement à partir de la 4ème année, avec un chiffre d’affaires en augmentation chaque année et des charges qui parallèlement diminuent nettement.

Il y a une place pour chacun de nous sur terre et une terre où chacun aura sa place. J’espère avoir trouvé les miennes.

Découvrez aussi l’article sur le foncier agricole : un enjeu pour les territoires ?

 

Article proposé par Yolain Gauthier – yolain.gauthier@gmail.com