Début janvier avec Simon Sarazin et Marion Rousseaux, nous avons eu l’occasion d’échanger avec Myriam Bouré , contributrice au projet OpenFoodNetwork, un service d’achat/vente groupé libre et ouvert. OpenFoodNetwork commence à se développer rapidement en Australie ou encore en Afrique du sud et, bien qu’il n’y ait pas encore beaucoup d’utilisateurs en Europe, cette initiative pourrait répondre à de nombreux besoins… et la communauté française, toute récente, ne demande qu’à se renforcer : https://openfoodfrance.wordpress.com/

OpenFoodNetwork, kezako ? 

OpenFoodNetwork est un service d’achat/vente groupé en ligne basé sur un logiciel libre qui permet de gérer des commandes parmi un catalogue de produits proposés par différents producteurs ou distributeurs (citoyens, groupements d’achat, entreprises,…). Chacun peut y créer son « hub » (sa communauté locale) , se relier à des producteurs déjà référencés ou en ajouter de nouveaux, mettre à jour les stocks de chaque produit par producteur, y renseigner l’origine et la description des produits, éditer des factures et définir ses propres règles de distribution.  Parmi l’ensemble de règles liées à la distribution, nous pouvons par exemple citer : le mode de paiement, la durée du cycle de commande, le choix de la livraison ou le retrait des commandes en un lieu donné, le type de produits proposés (bio, en conversion , tous producteurs locaux ,…) , la définition d’une commission -ou non – pour rétribuer la personne ou la structure qui en gère la coordination sur le terrain.

Ce qu’il faut globalement retenir d’OpenFoodNetwork, c’est qu’il est assez ouvert pour servir des usages très variés :

  • Par des producteurs pour commercialiser leur production (simplement en s’ajoutant à la base de donnée pour que des groupes de consommateurs puissent les connaître, ou par exemple en organisant la récupération de commandes chaque semaine à la ferme);
  • Par des consommateurs qui souhaitent se regrouper pour réaliser des commandes dans leur quartier ou dans leur immeuble;
  • Par des entreprises qui ambitionnent développer un service d’organisation de la distribution (livraison de paniers, boutique en ligne pour les épiceries);
  • Par des associations comme des AMAP qui souhaitent pouvoir faciliter leur organisation et élargir l’offre de produits en dehors de contrats AMAP (produits complémentaires comme des oeufs, de la viande, etc.);
  • Par des cantines qui souhaiteraient se fournir plus facilement auprès de producteurs locaux.
  • Et ainsi de suite : la plateforme souhaite aussi pouvoir accueillir des initiatives proposant de nouveaux modèles ! Chacun peut en effet innover et inventer, grâce à l’utilisation d’un outil ouvert comme OpenFoodNetwork, de nouveaux modèles de distribution alimentaires.

Pour aller plus loin, une présentation est disponible : Livre blanc Open Food France_2015.12.02  ;  et la communauté OpenFoodNetwork sera heureuse de vous aider à mieux comprendre et à expérimenter ! Si vous souhaitez le tester ou accompagner son utilisation localement mais que vous ne vous sentez pas de vous lancer seul, signalez votre intérêt à info@openfoodfrance.fr en attendant la mise en place du forum de discussion. Vous serez ensuite placé sur la carte ci-dessous (vous pouvez aussi vous y inscrire seul) où vous pouvez peut-être déjà retrouver des personnes intéressées près de chez vous : http://umap.openstreetmap.fr/en/map/experimenter-openfoodnetwork_67181# .

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OpenFoodNetwork , quels avantages ?

 

Un outil libre : le logiciel sur lequel est basé OpenFoodNetwork est libre, c’est à dire que chacun à le droit de l’installer localement et de le modifier. Cela sécurise son utilisation dans le temps : si le service en ligne ne vous convient pas ou s’il prend un jour une direction qui ne vous correspond pas, vous pourrez toujours continuer à l’utiliser à votre manière. Cela permet aussi à de nombreux développeurs de contribuer à l’amélioration de l’outil.

Les données sont également ouvertes et sous licence libre : la connaissance construite peut être utilisée pour d’autres usages et servir au plus grand nombre (référencement de produits, repérage des producteurs du territoire).

Des usages non-contraints : chacun en fait ce qu’il souhaite, l’outil n’est vraiment qu’un outil qui peut tant se placer au service d’une Amap autogérée sans intermédiaire et privilégiant le bio, qu’à une entreprise qui souhaite développer un service commercial autour de producteurs locaux. Tout est entièrement paramétrable et permet de s’adapter à chaque groupe. La seule contrainte, c’est de contribuer au commun que constitue la plate-forme (partager les références des producteurs avec la communauté, etc…).

Une communauté ouverte : chacun peut être tant usager de la plate-forme que contributeur à celle-ci : le service proposé s’adapte aux besoins des usagers et se construit à travers eux. Cet aspect communautaire y est extrêmement ouvert et développé : mutualisation des producteurs (ce qui permet de trouver les producteurs déjà inscrits par d’autres par exemple), espace de discussion pour répondre à ses questions,etc.

Un service en ligne : il n’est pas nécessaire de savoir installer l’outil pour l’utiliser, un service en ligne est proposé qui permet de se l’approprier rapidement. Une commission faible (environ 2%) sera peut-être perçue par la plate-forme afin d’en financer le coût de fonctionnement (doit être discuté avec les parties prenantes avant sa mise en place, mais pourrait évoluer vers une contribution « prix-libre » comme sur HelloAsso par exemple).

Vue de l'interface de commande OpenFoodNetwork

Vue de l’interface de commande OpenFoodNetwork

 

Envie d’essayer ? 

Si vous souhaitez commencer à utiliser, ou simplement tester OpenFoodNetwork, plusieurs outils sont à disposition:

  • Un guide de l’utilisateur Australien (un équivalent Français est en émergence); La création d’un wiki pour l’adapter à toutes les langues et à tous les pays est encore en cours de réflexion
  • Une instance adaptée à la France est en test (fonctionnelle), si vous souhaitez faire partie des pilotes vous serez accompagnés pas à pas pour créer votre espace local (en bas de la page, cliquez sur « inscription hub »).

Encore une fois, si vous souhaitez le tester ou accompagner son utilisation localement mais que vous ne vous sentez pas de vous lancer seul, signalez vous par un mail à  info@openfoodfrance.fr ; vous pouvez aussi vous ajouter ou bien contacter les personnes qui se sont déjà manifestées sur la carte participative suivante : http://umap.openstreetmap.fr/en/map/experimenter-openfoodnetwork_67181# .

Les limites d’OpenFoodNetwork

 

Le service présente encore quelques limites, qui sont en réalité surtout des éléments non encore développés. Plus il y aura d’utilisateurs,de contributeurs et de donateurs, plus vite elles seront résolues :

  • L’outil laisse beaucoup de liberté, ce qui permet une personnalisation très importante, mais rajoute également de la complexité lors de la première configuration. Peut-être bientôt des configurations « standards » pour faciliter la prise en main ?
  • Renseigner la traçabilité des produits ne se fait pas encore de manière assez poussée. Pour le moment un seul niveau existe : si le fournisseur d’un produit est un distributeur, il n’est pas encore possible de renseigner le producteur. Cela va certainement venir !
  • Le système de commission automatique lors d’un paiement peut paraître problématique à certains, mais il ne faut pas oublier qu’un tel outil occasionne des frais et que ce mode de rétribution sera certainement amené à évoluer (d’autant que l’outil étant libre, vous pouvez l’installer vous-même!), pourquoi pas vers un système « prix-libre » ?

Libérons les ruches : tous contributeurs ! 

Pour conclure, il semble que l’outil soit prometteur : étant libre et la communauté étant assez ouverte nous pouvons penser qu’il n’y aura pas de dérive de si tôt. En fait, OpenFoodNetwork apparaît comme un exemple de ce vers quoi pourrait s’orienter des projets comme La Ruche Qui Dit Oui ! en se dotant de code libre et de gouvernances ouvertes.

En effet une entreprise peut, avec ce projet, faire reposer la partie technique de la plate-forme et le développement de la connaissance sur une communauté qui produit un savoir et des outils partagés, et plutôt focaliser son activité commerciale autour du conseil, de la formation, de l’accompagnement à la mise en place de telles épiceries/AMAP/achats groupés, etc … (à l’image des sociétés de service en logiciel libre). Cela évite un modèle économique reposant sur le fait de s’interposer comme intermédiaire au coeur du processus collectif qui met en lien producteurs et consommateurs. Au vu de ces modèles ouverts qui se répandent et démontrent chaque jour un peu plus leur efficacité, les structures de l’économie collaborative qui s’appuient sur des plate-formes propriétaires fermées à la contribution risquent donc bien de se faire « commoniser » par des communautés d’utilisateurs/contributeurs qui s’approprient de tels outils de mise en relation pour les ouvrir à tous…  Après nous avoir uberisé, Uber ou AirBnb ne risquent ils pas eux aussi de se faire « commoniser » ? 

Sur la question alimentaire, à nous de jouer : la solution existe et a besoin de contributeurs de toutes parts pour se déployer.

 

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Romain Lalande