Dans le cadre du Temps des Communs en Touraine, le collectif pour une monnaie locale en Val de Loire annonçait le nom de sa future monnaie . . . retour sur cette soirée par Didier, un des participants qui découvrait la monnaie locale ce soir là !

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Article d’origine à retrouver sur le site de Didier : planetisme.net !

Ils ne sont qu’une trentaine de tourangeaux réunis dans une salle de la Pépinière d’entreprise du Sanitas de Tours en cette soirée du vendredi 16 Octobre 2015. Mais l’ambiance y est extrêmement conviviale et enthousiaste. C’est curieux, car à part les 7 ou 8 porteurs du projet, les personnes présentes ne se connaissaient pas 2 heures avant, les profils sont très variés – femme au foyer, entrepreneur, adolescent, médecin, retraité, travailleur indépendant … – et pourtant tout ce monde s’enthousiasme sur un thème a priori peu propice à la convivialité : la monnaie. Plus exactement l’annonce du futur nom de la monnaie complémentaire de Touraine, son utilité et sa genèse.

Cette genèse a débuté il y a quelques mois par la constitution d’un collectif de quelques personnes qui se sont renseignés sur le fonctionnement d’autres monnaies locales en France où il y en a une trentaine en circulation(1). Il y en a plus de 2500 dans le monde(2). L’histoire s’est accélérée lorsque ce collectif a fait appel il y a quelques semaines aux Tourangeaux pour présélectionner un nom pour cette future monnaie. 300 participants ont fait émerger 8 mots favoris qui ont été étudiés, par des historiens en particulier, et discutés pour aboutir au choix définitif annoncé vendredi soir. Ça sera « La Gabare ». La Gabare est le nom d’un type de bateaux que l’on voit encore sur les cours d’eau de Touraine et qui ont joué un grand rôle dans le passé dans les échanges de biens circulant sur la Loire, le Cher et la Vienne, les grands fleuves traversant ce beau pays.

La Gabare symbolise donc un des intérêts de la création d’une monnaie locale : la dynamisation des échanges locaux, et ceci indépendamment de la santé de la monnaie officielle et de l’économie nationale et internationale. Pour comprendre cela, imaginez par exemple une crise financière générale, l’activité économique au ralenti et beaucoup de personnes au chômage parce que les entreprises et collectivités territoriales sont frileuses et asséchées financièrement, c’est-à-dire manquant ou craignant de dépenser de la monnaie officielle. La création d’une monnaie locale, utilisée à la fois par les acteurs économiques et les habitants locaux, permettrait dans ce cas aux premiers de relancer l’activité en faisant travailler les seconds et en les rémunérant sans avoir recours à la monnaie officielle. Les habitants peuvent ainsi consommer avec la monnaie complémentaire les produits et services des entreprises locales ce qui dynamise le marché de l’emploi …

Voilà ce que l’on apprend à une des tables du World Café(3) organisé ce vendredi soir sur les thèmes « A quoi sert une monnaie ? » « A quoi sert une monnaie locale ? » et « Est-ce qu’une monnaie locale est un bien commun ? ». On y apprend aussi que seulement 2% des $, € et autres monnaies officielles serviraient à faire fonctionner la vie économique réelle et que le reste ne servirait qu’à la spéculation financière. Les monnaies locales permettent de corriger cette aberration car elles ne servent qu’aux échanges locaux et sont gérées de façon à circuler au maximum et donc éviter épargne et spéculation. La monnaie locale permet aussi, par tolérance de l’État, d’échapper à la TVA sur les échanges de bien et services pour lesquels elle est utilisée.

Les tourangeaux passent de table en table, les plus expérimentés dans ce domaine y partagent leur savoir, les candides posent leur question et animent les débats et les porteurs de projets divers établissent des liens entre leurs idées et le catalyseur de projet que devrait devenir cette monnaie alternative. Par exemple, un entrepreneur écologique du domaine du tourisme y trouve un moyen de fédérer les acteurs de son secteur. S’ils utilisent tous cette monnaie cela en fera un moyen de ralliement et incitera leurs clients à utiliser aussi la Gabare.

La monnaie locale est un support naturel de l’économie sociale et solidaire compte tenu des valeurs qu’elle porte, mais elle ne doit pas être cantonnée à cela. Son succès nécessite une ouverture à d’autres secteurs de la société pour que sa circulation soit suffisante et lui permette de perdurer. Il va donc falloir impliquer dans ces échanges en Gabare bien plus que la trentaine d’acteurs de cette soirée et que les 300 participants à la sélection de son nom. Le succès de ce projet dépendra en particulier de l’intelligence de la gouvernance de cette monnaie. Pour cela une charte va être écrite. Elle définira entre autres les domaines dans lesquels la monnaie complémentaire devrait être utilisée. Cette charte devra allier contrôle de l’éthique des échanges concernées et souplesse pour permettre un  développement suffisant et la pérennité de cette nouvelle monnaie.

Date de lancement envisagée de La Gabare : été 2016. Si elle continue à être portée par la même convivialité et l’enthousiasme de ses débuts, elle est promise à un grand succès.

Le développement de monnaies locales permet de structurer des communautés dans leur territoire et à ce titre est un des axes du Vrai Mondialisme, le 3è pilier du Planétisme.

Didier – Citoyen du Monde

(1)    : http://monnaie-locale-complementaire.net/france/

(2)    : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie_locale#cite_note-7

(3)    : Le «World Café» est un processus de conversation structurée destinée à faciliter une discussion ouverte et intime, et relier des idées au sein d’un groupe plus large afin d’accéder à «l’intelligence collective» ou sagesse collective dans la salle. Les participants se déplacent entre une série de tableaux où ils continuent la discussion en réponse à une série de questions, qui sont prédéterminées et axés sur les objectifs spécifiques de chaque World Café. Une ambiance de café est créé afin de faciliter la conversation et de représenter une troisième place. En plus de parler et d’écouter, les individus sont encouragés à écrire ou gribouiller sur une nappe de papier de sorte que lorsque les gens changent tables ils peuvent voir ce que les membres ont exprimé précédente dans leurs propres mots et images.

Source photo : http://www.gilbertphotos.fr